En bref. La burrata est un sachet de mozzarella rempli de crème et de pâte filée effilochée. Elle a été inventée en 1956 à Andria, pendant une tempête de neige, pour ne pas perdre du lait. Sa durée de vie utile est de 24 à 48 heures : c’est le produit, pas un détail.
C’est le fromage des Pouilles que la France connaît déjà — on le trouve dans les épiceries fines et sur les cartes des restaurants. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il n’a pas d’histoire ancienne : la burrata est plus jeune que la Cinquième République.

1956, la neige, et un fromager qui ne voulait rien jeter
Cette année-là, des chutes de neige exceptionnelles isolent les Murge, entre Andria et Castel del Monte. Les routes sont coupées, le lait ne part pas. À la masseria Piana Padula, un fromager nommé Lorenzo Bianchino reprend une idée qu’on appliquait déjà à la manteca : enfermer la partie crémeuse dans une poche de pâte filée, qui la protège.
Ce n’est pas une recette de tradition, c’est une solution de crise. Et c’est vrai de presque toute la cuisine des Pouilles : la stracciatella naît des chutes de pâte, la ricotta de ce qui reste du petit-lait, les frise du pain qu’il faut faire durer. Le luxe, ici, est arrivé après.
Burrata, stracciatella, mozzarella : trois produits, une seule famille
La confusion est constante, y compris en Italie, et elle se règle en une phrase par produit.
- La mozzarella est la pâte filée compacte, homogène, au goût délicat de lait frais.
- La stracciatella est cette même pâte, effilochée à la main et mélangée à de la crème fraîche. Elle se vend seule.
- La burrata est la réunion des deux : une fine enveloppe de mozzarella qui contient la stracciatella.
Couper une burrata et voir le cœur s’échapper est l’un des gestes les plus reconnaissables de la table pugliese. Si l’intérieur ne coule pas, la burrata n’est plus fraîche.
La Burrata di Andria IGP, et ce que garantit le ruban vert
L’Indication Géographique Protégée couvre la zone des Murge, entre Bari et la province de Barletta-Andria-Trani, et impose le lait de vache frais, le filage à la main et la fermeture du sachet par un nœud.
Le ruban vert signifie « du jour ». C’est le repère le plus utile à l’achat : une burrata au ruban vert a été produite le matin même. Au-delà de quarante-huit heures l’enveloppe durcit et la stracciatella à l’intérieur perd sa crème. La fraîcheur n’est pas un critère parmi d’autres — elle est à peu près tout le produit.
Comment elle se fait
Le lait cru est chauffé à 35-37 °C, puis acidifié jusqu’à un pH de 6,1-6,2. Vient l’emprésurage, la rupture du caillé, l’égouttage. La pâte est ensuite filée à l’eau bouillante : une part sert à former le sachet, l’autre est effilochée et mélangée à la crème pour faire la garniture. Le nœud se fait à la main, en dernier.
Comment la manger — et l’erreur à ne pas faire
- Avec des tomates — tomates mûres, un filet d’huile d’olive extra vierge, du basilic, du sel. Rien d’autre.
- Sur une bruschetta chaude — la chaleur du pain grillé fait sortir la crème.
- Sur une pizza ou des pâtes — toujours après la cuisson, jamais au four : la chaleur la fait fondre et lui fait perdre sa structure.
- Avec de la mortadelle et des pistaches — accord récent, devenu très populaire, et qui fonctionne.
Sortez-la du réfrigérateur vingt minutes avant. Froide, une burrata ne dit rien : le gras reste figé et les arômes ne montent pas. C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus facile à corriger.
Elle appartient à la même famille que la stracciatella, qui en est le cœur, et que le caciocavallo, qui part de la même pâte filée pour aller dans la direction opposée — celle de l’affinage. Le reste est sur la page des fromages des Pouilles.











